Perspectives Excentrées – 5 au 29 août au Carré Isidore-Hurteau, Longueuil

Catégorie : Activité, Expositions, Nouvelles

Perspectives excentrées est une exposition temporaire qui réunit huit artistes au Carré Isidore-Hurteau, à Longueuil, autour de la thématique très vaste de la banlieue.

L’exploration de ce thème a donné lieu à des interprétations et des regards différents chez chacun et chacune des artistes. L’éventail de perspectives présentées en ce lieu traite d’enjeux liés à l’histoire personnelle, à l’autoreprésentation, à la participation citoyenne, à l’aménagement du territoire, à la nature… Cette pluralité des points de vue permet de dégager une vision incarnée et actuelle, loin des stéréotypes qui sont parfois associés à la vie hors de la métropole. Les œuvres prennent la forme de drapeaux, de bannières ou d’images suspendues, en utilisant autant le mobilier urbain que les arbres pour se déployer dans l’espace. Se faisant, elles se révèlent au gré des déambulations des spectateurs et spectatrices, qui sont invité.e.s à venir à leur rencontre.

Brandir un drapeau, c’est affirmer son appartenance, c’est dire quelque chose de soi, c’est prendre position. C’est dans cet esprit que Sabina Rak propose une relecture du drapeau du Québec, afin de refléter la diversité d’aujourd’hui dans un symbole visuel puissant d’identité commune. Jocelyne Thibault s’interroge aussi sur le sentiment d’appartenance, cette fois en explorant le rapport des Longueuillois et Longueuilloises avec leur ville. Le drapeau qu’elle présente sera en constante évolution, au fur et à mesure que les participant.e.s qui accepteront de se prêter à l’exercice y apposeront leur signature*. Anna Jane McIntyre a aussi développé son œuvre en relation avec les autres, en l’occurrence des enfants de l’École Primaire St. Gabriel Elementary School à Montréal. Leur demandant de réfléchir aux aires de jeux que l’on trouve dans les parcs publics, elle a créé avec eux un drapeau qui reflète une vision inclusive, avec des plantes, des espaces pour les animaux et pour les humains de toutes origines, habilités, âges et tempéraments. L’œuvre d’Anna Binta Diallo interroge aussi l’identité par une forme de nostalgie de la banlieue idéale et idéalisée, tout en posant un regard critique quant à l’expectative d’un mode de vie uniformisé. Cela se manifeste en outre dans le détournement de l’imagerie publicitaire qui promet un rêve souvent hors de portée.

Plusieurs artistes soulignent également le lien entre la banlieue et la nature où les espaces verts se font plus présents qu’en zones urbaines. Les images empreintes de poésie de Chloé Beaulac mettent les plantes à l’avant-plan. Avec finesse, l’artiste exploite le numérique pour transformer ses photographies et créer ainsi de nouveaux mondes. Le collectif La Trame, formé de jeunes artistes, superpose l’image à l’environnement en proposant la « réparation » symbolique d’un arbre penché. L’œuvre, faite d’une contre-forme imprimée qui se moule à la courbure de l’arbre pour en corriger l’axe, se veut une réflexion ludique sur le concept de normativité et sur le besoin de « corriger » tout ce qui dépasse des marges. Résidente du Vieux-Longueuil, Geneviève Cadieux-Langlois a aussi travaillé à partir de la végétation du Carré Isidore-Hurteau. Elle a porté son attention sur le calendula, une fleur largement répandue à proximité des villes et qu’elle identifie comme un symbole de résistance face à l’urbanisation croissante. Finalement, Charles-Antoine Blais-Métivier explore lui aussi le paysage suburbain, mais en tournant son regard sur les tours de signaux 5G. Ces structures qui suscitent autant la méfiance que la promesse d’un monde perpétuellement connecté brouillent les frontières territoriales en démocratisant l’accès à la technologie. Éventuellement, on peut penser qu’elles rendront obsolètes toutes délimitations entre villes, villages et banlieues.

– Texte de Marie-Pier Bocquet, commissaire

* L’artiste Jocelyne Thibault invite les Longueuilloises et Longueuillois, petits et grands, à venir apposer leurs signatures sur le Drapeau de citoyenneté, les samedis 7, 14, 21 et 28 août 2021, au Carré Isidore-Hurteau, de 13h30 à 16h.

 

Biographie de la commissaire

Marie-Pier Bocquet est historienne de l’art, autrice et travailleuse culturelle. Elle détient une Maîtrise en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal (2020) et un baccalauréat en arts visuels de l’Université Laval (2013). Ses recherches se déploient à partir d’un intérêt pour l’art conceptuel et pour les usages du langage dans les pratiques des années 1970 à aujourd’hui. Ses écrits ont été publiés dans les revues esse, arts + opinions ainsi que dans ESPACE art actuel. Elle collabore régulièrement aux textes d’expositions de centres d’artistes et de galeries, notamment Art Mûr, Circa Art Actuel et Centre d’art et de diffusion Clark. Depuis 2014, elle œuvre en tant que coordonnatrice à la programmation d’Arprim, centre d’essai en art imprimé et siège également au conseil d’administration des Éditions HB, dédiées au dessin actuel.

Biographie des artistes

Anna Binta Diallo est une artiste visuelle multidisciplinaire canadienne qui explore les thèmes de la mémoire et de la nostalgie pour créer des œuvres inattendues sur l’identité. Elle est née à Dakar (Sénégal, 1983) et a grandi à Saint-Boniface (Winnipeg) sur le territoire traditionnel des peuples Anishinaabeg, Cree, Oji-Cree, Dakota et Dénés et de la nation métisse. Elle a obtenu un baccalauréat de l’Université du Manitoba et une maîtrise (MFA in Creative Practice) de la Transart Institute, à Berlin (2013). Ses œuvres ont été exposées à l’échelle nationale et internationale, y compris dans le cadre d’expositions à Winnipeg, à Montréal, à Toronto, à Vancouver, à Taipei, en Finlande centrale et à Berlin. Anna Binta Diallo a reçu de nombreuses bourses et distinctions, notamment du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec et de Francofonds. En 2019, l’œuvre de Diallo a été sélectionnée comme finaliste pour le Prix national Salt Spring National Art Prize et a reçu en 2021 le Prix Barbara Spohr Award offert par le Banff Center et Walter Philips Gallery ainsi que le Black Designers of Canada Awards of Excellence. Ses œuvres font partie des collections de la Banque Royale du Canada, de l’Equity Bank, de la Banque Scotia et de collections privées. Elle vit et travaille à Montréal, ou à Tio’tia:ke, sur le territoire traditionnel des Kanien’kehá:ka. Anna Binta Diallo est représentée par Towards Gallery.

Anna Jane McIntyre est une artiste visuelle dont la pratique combine dessin, sculpture, installation, contes, performance et activisme. Les œuvres de McIntyre explorent les façons dont les individus se perçoivent, créent leur identité, maintiennent et font évoluer ces définitions à travers leurs comportements. Son esthétique est un mélange visuel de traditions culturelles de Trinité-et-Tobago, Angleterre et Canada. Chaque culture y apparaît comme une négociation mouvante, complexe, riche de contradictions. Ses projets ont été rendus possible grâce au généreux soutien du Conseil des arts du Canada, de Vivacité Montréal par le biais de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), du Conseil des arts de Montréal (CAM) et du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) ainsi que du programme de mentorat de MAI – (Montréal, arts interculturels).

Charles-Antoine Blais Métivier est un artiste multidisciplinaire originaire de la ville de Sherbrooke, vivant et travaillant principalement entre Montréal et l’internet. Comme plusieurs, il est né dans les années 80. Il détient une Maîtrise en Arts Visuels et Médiatique de l’Université du Québec à Montréal. Les oeuvres de Charles-Antoine ont été présentées dans une brochette d’expositions solo et collectives à travers le Québec, mais aussi en Italie, en France, en Russie, à travers le Canada, ainsi que dans une téléréalité plus ou moins populaire sur le Canal Évasion.
Heureusement pour lui, ses oeuvres font aussi partie de collections privées et institutionnelles.

Chloé Beaulac vit en Montérégie et en Estrie. Diplômée d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia en 2010, Chloé Beaulac se spécialise dans les arts imprimés. Elle s’inspire de l’estampe, en passant par la photographie, le dessin, la sérigraphie, la peinture, l’installation et la sculpture pour communiquer sa perception du monde qui nous entoure. En 2015, elle remporte le prix Télé-Québec remis conjointement par la Biennale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières (BIECTR) ainsi que la Fabrique culturelle. En 2018, elle reçoit le prix Culture Montérégie – Fabrique culturelle, remis pour l’ensemble de son œuvre et son implication en Montérégie. En 2019, lors du gala de Longueuil, on lui remet le prix d’ambassadeur culturel. Elle a exposé son travail dans le cadre de plusieurs projets d’œuvres d’art public, et de nombreuses expositions solos et de groupe un peu partout au Québec, au Canada et à quelques reprises à l’international.

Geneviève Cadieux-Langlois vit et pratique les arts à Longueuil. Elle développe une pratique en performance, installation, art imprimé et poésie. Le besoin d’appartenir à la collectivité et de cultiver le goût des autres l’amène à créer des dispositifs artistiques orientés sur le partage. Elle conçoit chaque projet selon le contexte précis où il se déploie : le lieu d’accueil, la collectivité sollicitée et l’instant présent sont des éléments qui façonnent son approche réflexive. L’artiste a participé à plusieurs expositions et résidences au Canada et à l’international et assure actuellement la direction de la programmation à L’imprimerie, centre d’artistes. Elle est également cofondatrice du Collectif Local 16 dont une œuvre sculpturale est présentement érigée au parc Michel Chartrand à Longueuil.

Jocelyne Thibault vit et travaille à Laval (Arts visuels et médiatiques, UQAM, 2010). Elle s’intéresse à la frontière qui sépare le temps consacré à l’art et celui dédié au domestique, soit le moment de bascule entre ces univers et leur perméabilité. Son travail prend forme à travers les arts d’impression, le livre d’artiste et la sculpture. Elle est lauréate du prix CALQ-Artiste de l’année Laval 2021 et récipiendaire de bourses de recherche-création du CALQ-Entente territoriale Laval (2018, 2019). Son travail a été présenté à Montréal, Laval, Matane, en Espagne et en Suisse.

Le collectif La Trame est composé de trois artistes d’impression canadiens, Bosny (B.A. Print Media, 2019), Florence-Ariel Tremblay (B.A. Print Media, 2019) et Jordan Blackburn (M.A., 2021). Ce trio fut rassemblé au cours de la disette créative pandémique de 2020, unis par un désir de penser et créer un projet collaboratif. Répartis entre Montréal et Trois-Rivière, leurs réunions virtuelles sporadiques se veulent un lieu d’échange où se développe un langage visuel hybride, résolument issu des arts d’impression. Celui-ci met au cœur de son approche créative l’expérimentation technique et un accent sur le ressenti et l’expérience du spectateur.

Sabina Rak vit et travaille à Montréal. Elle est présentement candidate à la Maîtrise en beaux-arts, programme d’art imprimé, de l’Université Concordia. Elle a également obtenu un baccalauréat en histoire de l’art, un baccalauréat en beaux-arts et une maîtrise en histoire de l’art. En résidence artistique à L’Atelier de l’Île à Val-David en août 2021, Sabina a également été accueillie en résidence de production à l’Atelier Engramme à Québec (2013), au Centre 3 for Print et Media Art à Hamilton (2014) ainsi qu’au Centre Sagamie à Alma (2014 et 2017).

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